La plume aidante: le travail d’un « story editor »

En création littéraire, il existe un dicton: un auteur est son propre pire correcteur. Après une éternité passée à piocher sur une oeuvre, il est souvent trop près de son texte – au sens propre comme au figuré – pour pouvoir exprimer la moindre critique utile sur son travail. Il a besoin d’une autre paire d’yeux – une plume aidante, si vous voulez. Dans l’industrie du comic book indépendant, un domaine avec lequel je flirte depuis bientôt dix ans, ce rôle est tenu par celui qu’on appelle editor.

Ici, je dois ouvrir une parenthèse pour vous mettre en garde contre les faux amis. Le mot editor en anglais ne se traduit par par « éditeur » en français. Ce dernier publie des oeuvres par le biais d’une maison d’édition. Donc, bizarrement, en français, un éditeur publie, alors qu’en anglais, c’est le rôle du publisher. En fait, le rôle d’editor est une notion qui appartient beaucoup plus au monde littéraire anglo-saxon; il est difficilement traduisible en français puisque cette réalité n’existe pratiquement pas dans le monde francophone. C’est pourquoi j’ai cessé de dire que j’éditais des comic books parce que tout le monde croyait que je possédais ma propre maison d’édition. Quand on me demande ce que je fais, j’utilise l’expression « coach littéraire » (que je déteste aussi parce que le mot « coach » m’inspire la notion de charlatanisme lorsqu’elle n’est pas liée au sport).

(De même, il existe une certaine nuance entre l’expression anglaise comic book et celle française de « bande dessinée ». Habituellement, la première désigne les périodiques mensuels américains et britanniques, tandis que la seconde réfère aux albums cartonnés publiés en Europe et au Québec.)

Pour bien saisir le rôle de l’editor, il importe de comprendre comment est créé un comic book. Ça implique un long processus auquel participent de nombreux acteurs.

  • Le scénariste (writer) écrit le scénario contenant les dialogues et les descriptions de cases dont se sert…
  • l’artiste (penciler) pour dessiner au crayon tout le tracé. Il détermine par la même occasion la mise en page. Il passe ensuite le tout à…
  • l’encreur (inker) pour que ce dernier mette les tracés en relief en les passant à l’encre. C’est également lui qui place les zones d’ombre qui donnent au dessin un style particulier. Puis vient…
  • le coloriste (colorer) qui – devinez quoi? – ajoute les couleurs. C’est un travail très important puisque l’atmosphère d’un comic book est grandement tributaire du choix de la palette de couleurs. Enfin…
  • le lettreur (letterer) ajoute les bulles contenant les dialogues ainsi que les didascalies et les lettrages pour les effets sonores.

Tout au long de ce processus, l’editor intervient pour assurer la qualité du travail produit à chaque étape. Dans le cas de grosses boîtes comme Marvel ou DC Comics, il a aussi la tâche de veiller à ce que la ligne éditoriale soit respectée par l’équipe de production. Chez les indépendants, l’editor se cantonne au rôle de conseiller et/ou de chargé de projet.

Il arrive souvent que les editors se spécialisent dans certains aspects de la création d’un comic book. Certains ont des spécialités plus englobantes – comme l’entièreté du travail pictural – tandis que d’autres choisissent une voie moins large, comme ceux qui sont experts de la couleur.

Pour ma part, la spécialité que je me suis choisie est le récit. Au générique d’un comic, je porte donc le titre de story editor.

Que fait un story editor? Grosso modo, il a pour travail d’aider l’auteur à raconter la meilleure version de l’histoire qu’il souhaite raconter. Plus spécifiquement, il veille à la qualité des différentes facettes de l’histoire, soit l’intrigue, les personnages, le dialogue et le thème. Chacune de ces facettes pourrait à son tour être décomposée de nouveau. Par exemple, l’intrigue comprend la chronologie, la cohérence interne et le rythme, entre autres.

Dans le but de bien vous faire comprendre le travail de story editor, j’ai pensé illustrer mon propos en vous montrant quelques extraits de scénarios qui m’ont été soumis par mon bon ami Sam Roads pour sa minisérie Cryowulf. J’utiliserai des exemples concrets en vous montrant:

  • le scénario avant mes commentaire;
  • les commentaires que j’ai formulé; puis
  • le scénario après les modifications apportées par Sam.

Je vous donne donc rendez-vous dans quelques jours pour la suite!

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