Mes lectures de 2022 : délices et déceptions

La lecture a toujours été l’une de mes passions les plus durables. Bien qu’il me soit parfois arrivé de délaisser cette compagne traditionnelle pour des maîtresses plus délurées comme les jeux vidéo, je reviens toujours à son lit. Mais la lecture n’est pas toujours une bonne amante; si ses charmes délectent assez souvent, ils déçoivent aussi trop peu rarement. Retour sur la dernière année…

S’il fallait traiter la lecture comme une entreprise industrielle plutôt qu’amoureuse, je pourrais déclarer 2022 comme une année profitable. Selon mes statistiques sur le site Goodreads, j’ai lu 63 livres en tout. J’ai surpassé de plus du double l’objectif que je m’étais fixé de lire 24 livres, soit deux livres par mois en moyenne. Mes lectures ont fait preuve d’une variété appréciable, allant du roman à l’ouvrage historique, en passant par le comic book américain, le manuel de jeu de rôle et l’essai.

Tout aussi variable que le type de livre était la qualité. Je profite de cette fin d’année pour vous suggérer mes meilleures lectures et vous mettre en garde contre les moins bonnes.

Les délices

Gun Machine (2012), par Warren Ellis

En toute franchise, je suis un fanatique terminal de Warren Ellis. Il est mon plus grand obstacle à l’objectivité, surtout quand je dois débattre de la question de séparer l’oeuvre de la personnalité d’un artiste. Je me fais souvent l’avocat de la culture de la responsabilité en appelant à éviter la consommation de créateurs dont les idées et les actions sont douteuses (J. K. Rowling étant l’exemple le plus frappant), mais – peine perdue! – Warren Ellis fera toujours de moi un hypocrite.

Le superbe polar Gun Machine raconte l’enquête sordide du détective John Tallow sur les traces d’un tueur en série, enquête entreprise après la découverte d’une pièce secrète contenant des centaines d’armes, toutes liées à des affaires de meurtres non résolues. C’est étrange, irrévérencieux et irrémédiablement amusant à lire, comme si l’on était visité par le Terry Pratchett maléfique d’une autre dimension.

Identification des schémas (2003), par William Gibson

William Gibson est plus qu’un auteur de livres : c’est un auteur de genres. Reconnu comme le père du cyberpunk et co-initiateur du steampunk avec Bruce Sterling, il a laissé une marque indélébile sur la littérature de science-fiction. Étrangement allergique lui-même aux étiquettes que les critiques peuvent apposer à ses livres, Gibson demeure un pionnier littéraire, un incontournable pour quiconque est à la recherche d’une écriture innovatrice, tant sur le plan du style que des sujets.

Identification des schémas marque l’ouverture d’une trilogie qui ne se réclame pas de la science-fiction, mais qui s’insère plutôt dans une littérature contemporaine, à mi-chemin entre le thriller industriel et le roman d’anticipation. On y suit les recherches de Cayce Pollard, une consultante en marketing intuitif sur les traces du créateur d’un étrange film dont les fragments distribués sur internet font l’objet d’une fascination quasi religieuse de la part des membres d’une vaste sous-culture. Gibson tisse une intrigue hypnotisante, truffée de complications faisant foi de sa compréhension poussée de notre monde moderne comme un endroit encore merveilleux, à l’intersection des technologies dernier cri et des courants culturels fragmentés.

Vu des pop cultures : Essais, discours et textes choisis (2016), par Neil Gaiman

Neil Gaiman n’a pas besoin d’introduction. C’est Neil Gaiman, l’auteur des romans Neverwhere et American Gods, scénariste du comic Sandman, un homme qui a toujours insisté sur l’importance du merveilleux dans nos vies et dans notre littérature. Il le suggérait déjà au travers de sa fiction, mais il l’expose clairement dans ses autres écrits.

Vu des pop cultures (une traduction inexplicable de The View from the Cheap Seats) est une collections d’essais, d’articles et de discours sur une variété de sujets chers à l’auteur : la littérature de genre, le cinéma, les comics, les bibliothèques et la musique, pour ne donner que quelques exemples. C’est une rencontre longue, riche et intime entre le lecteur et cet auteur, un tour d’horizon inoubliable d’idées, de souvenirs et de récits, à la fois touchants et édifiants. C’est le genre de livre susceptible de changer quelqu’un, et je le recommande, que vous soyez fan de Gaiman ou non.

Les déceptions

Je me suis épanché librement en ce qui concerne mes lectures préférées de 2022, mais je n’en ferai pas autant pour celles qui m’ont déçu. Dépenser moins d’énergie dans les critiques négatives me semble une excellente résolution pour la nouvelle année.

Blues pour Irontown (2018), par John Varley

Si John Varley avait prévu de planter son livre à l’intersection du roman noir et de la science-fiction, il s’est perdu en chemin avant de finir dans un fossé du boulevard des mauvais pastiches. Les tentatives de rendre hommage au hard-boiled sont superficielles et les idées côté SF manquent de tant d’originalité qu’on croirait le roman écrit dans les années 1970. Les seules émotions que Blues pour Irontown suscite sont la frustration tout du long et la joie à la lecture du dernier mot.

Shaolin Cowboy: Start Trek (2014), par Geof Darrow

Je déteste Jolly Jumper, le cheval de Lucky Luke; je le trouve suffisant, inintéressant et superfétatoire. C’est pourquoi je ne lis jamais cette BD. Le premier volume de la série Shaolin Cowboy contient un personnage de la gent équine encore plus détestable. Mais si vous êtes fan de Jolly Jumper et croyez que cela vous rendra ce comic plus attrayant, détrompez-vous : c’est 200 pages de combats futiles, d’échanges insensés et d’illustrations écoeurantes – le tout parfaitement dénué de tout semblant d’intrigue cohérente. Je reconnais le talent indéniable de Geof Darrow pour le dessin, mais lui aurait intérêt à reconnaître son incompétence flagrante sur le plan de l’écriture et à s’adjoindre un scénariste. J’ai des t-shirts qui ont des histoires plus prenantes.

Excellence Poulet (2015), par Patrice Lessard

Contrairement aux deux livres ci-dessus qui sont mauvais de la première page à la dernière, Excellence Poulet laisse tomber à la toute fin. L’intrigue policière solide et fort habilement tournée tombe complètement à plat dans les dernières pages. Je n’en dirai pas plus pour éviter de gâcher la finale pour ceux qui seraient intéressés par la prose assurément compétente de Patrice Lessard, mais je n’ai pas souvenir d’un livre qui m’ait laissé plus perplexe et déçu alors que tout s’était si bien passé jusqu’au dénouement.

Mes attentes pour 2023

J’avais pris une excellente habitude pour une bonne partie de 2022 qui consistait à me fixer des objectifs de lecture quotidiens :

  • 50 pages d’une oeuvre de fiction;
  • 25 pages d’un ouvrage historique;
  • 25 pages d’un livre d’un autre type (essai, comic, jeu de rôle, etc.).

Cette cadence m’avait permis de faire progresser mes lectures en avançant de front dans trois livres différents, et ce, sans risque que mon cerveau volage ne se lasse et me suggère de réinstaller Skyrim. Les livres qui ouvriront 2023 sont déjà sélectionnés et m’attendent en bas dans le salon. Ils sont :

  • Les Miracles du bazar Namiya, par Keigo Higashino (roman);
  • La Vie quotidienne au Japon à l’Époque des Samouraï, 1185-1603, par Louis Frédéric (ouvrage historique);
  • Lamentations of the Flame Princess, par James Edward Raggi IV (jeu de rôle).

Qui sait si nous les retrouverons dans un an dans la prochaine édition de ce billet? Une chose est certaine : il y aura sûrement beaucoup de choix, tant pour les meilleurs que pour les pires.

Sur ce, je vous souhaite une excellente année 2023. Qu’elle soit bonne de la première à la dernière page!

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