Un livre se ferme

 

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Un jeune idéaliste

Le soir du 29 septembre 2015, j’ai fait mon premier stream sur Twitch. Je me rappelle encore comment j’étais installé: bien calé dans un divan, avec mon casque d’écoute et mon micro, la manette de la Xbox One entre les mains et un oeil sur le MacBook Pro de mon employeur pour gérer la conversation. Je me souviens encore de ma nervosité avant de cliquer sur le bouton Go Live de mon logiciel OBS Studio. Qu’est-ce que j’allais bien pouvoir dire? Est-ce que j’aurais de vilains trolls qui passeraient me jouer des tours? Est-ce que mon micro était bien paramétré pour qu’on m’entende clairement?

Je n’en menais pas large.

Mais le premier live s’est bien déroulé, puis l’autre ensuite et la plupart de tous ceux qui ont suivi. J’étais lancé, me semblait-il, dans une grande aventure. J’entrevoyais un public sans cesse grandissant, des jeux toujours plus stimulants et – osais-je l’espérer – peut-être même un petit profit. Et d’une certaine façon, j’ai réussi. J’ai fait grandir ma chaîne, construit une communauté non négligeable et je me suis rudement bien amusé, somme toute.

Alors pourquoi arrêter?

Certainement pas parce que je n’aime plus streamer, ni parce que je n’aime plus les jeux vidéo, ni surtout parce que je n’aime plus les gens que le streaming m’a permis de côtoyer. Non, j’arrête plutôt parce que je ne m’aime plus moi. J’ai réussi à tout améliorer au long de mes quelque cinq années sur Twitch – mon équipement, mon contenu, mes relations, ma bibliothèque de jeux, ma vie sociale – tout sauf moi. Je suis la seule chose que j’ai réussi à empirer. Si je devais comparer celui que j’étais en septembre 2015 à celui que je suis en août 2020, je constate un déficit évident à ma personnalité.

Au bilan des pertes: mon empathie, ma nonchalance et mon intégrité. Quelque part en chemin, j’ai cessé de streamer pour mon plaisir et pour celui de ma communauté. J’ai commencé à le faire pour les chiffres. Le jeu, oui, les gens qui me parlaient, oui, mais toujours aussi un oeil sur le nombre de spectateurs – à guetter les fluctuations et à leur attribuer des raisons. Toujours aussi cet examen des statistiques post-stream – nombre moyen de spectateurs, nombre de nouveaux abonnés, nombre de visiteurs uniques – et toujours ces barres d’avancement qui me narguaient sur le chemin du prochain objectif selon Twitch: le partenariat.

Certes, je pourrais facilement rejeter le blâme sur Twitch. La manie qu’a cette plate-forme de proposer a priori de faire du streaming une carrière dès vos premiers pas et à voir comment elle pose comme modèles ses streameurs les plus populaires a de quoi mener les plus récalcitrants sur la voie de l’acharnement. Mais ce serait irresponsable et malhonnête de ma part. Twitch a beau avoir le dos large, je me considère tout de même le seul responsable de l’état actuel des choses. C’est moi qui ai transformé ce qui a commencé comme un passe-temps et une activité sociale en une entreprise du spectacle où chacune de mes actions étaient mesurées à l’aune de la rentabilité.

Mais je ne veux pas que ce billet ne soit que des mea culpa, pas plus que j’ai décidé d’écrire aujourd’hui pour faire l’éloge funèbre de ma carrière en streaming. « Un livre se ferme », ai-je écrit comme titre, mais un autre livre s’ouvre. Avec les quelques paragraphes que je viens d’écrire, je considère mon post-mortem accompli et, si c’était nécessaire, ma sentence purgée.

Maintenant, on regarde vers l’avant.

Une chose est certaine: je n’ai plus envie de tout considérer sous l’angle du spectacle. J’ai eu pendant trop longtemps la tendance à positionner tout ce que j’entreprenais comme un « contenu » que j’offrais à tous, comme un « produit » que je tentais de vendre au plus grand nombre et au plus faible coût. Il est certain que j’ai toujours cette passion pour la création et que j’ai toujours envie de partager ce que je vis, ce que je pense, ce que je crée – la preuve en est ce billet – mais il sera beaucoup plus sain de faire les choses d’abord pour moi, pour mon propre plaisir. Puis, si j’en ai envie, si j’en ai le temps et l’énergie, je les partagerai. Parce que ça me fera plaisir de le faire, pas parce que je pense en tirer un bénéfice quelconque.

Voilà donc le principe que je veux m’imposer à partir de maintenant: une saine gestion de ce que je fais, des raisons pour lesquelles je le fais et de ce que je veux en partager.

Concrètement, je crois que je vais commencer par une refonte complète de ce site. (Les habitués constateront d’ailleurs que c’est déjà commencé.) Je veux faire disparaître toute trace de ce qu’il était avant, c’est-à-dire une plate-forme promotionnelle pour mes activités de streaming. Ça sera déjà un bon début. Puis, je crois que je vais adopter une orientation plus près de celle d’un journal, une sorte de dialogue avec moi-même sur mes divers intérêts. Je crois que ce repli sur le coeur de ce qui me passionne sera de la plus grande aide pour me recentrer sur ce qui compte vraiment pour moi. Cette nouvelle perspective me permettra de retrouver ce qui me branche profondément, viscéralement, en-dehors de tout ce que je faisais pour séduire un public.

C’est une nouvelle aventure qui commence pour moi. Je ferai la majeure partie du chemin dans l’ombre mais pas nécessairement seul. J’ai hâte de voir où elle va me mener. Loin, j’espère, loin dans les contrées intérieures de ce que j’aime authentiquement.

Un livre se ferme et un autre s’ouvre tout grand.

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