En attendant le redémarrage…

Le live de ce soir a été retardé à cause de Microsoft.

Oui, car non content de fournir des systèmes d’exploitation qui développent des problèmes de façon aléatoire et spontanée, non content de fabriquer des consoles de jeu à la fonctionnalité sporadique, non content encore d’offrir des services en ligne d’une vulnérabilité désarmante, Microsoft en plus décide de quand je peux utiliser mon ordinateur.

Ce soir, j’allume l’ordi et j’ai la chance de ne pas avoir le bogue du “Group Policy Client” défectueux qui empêche mon Google Chrome de démarrer. Remerciant ma bonne étoile, je prépare toutes mes fenêtres pour streamer quand un beau petit rectangle bleu apparaît à l’écran. Je ne me souviens plus du texte exact mais, sommairement, j’ai deux choix: soit mon ordi redémarre maintenant pour faire des mises à jour, soit il redémarre à 19h51, quand j’aurai déjà commencé à streamer.

Pas de question comme “Voulez-vous procéder aux mises à jour maintenant?” ou “Souhaitez-vous qu’on vous avise plus tard que vous avez des mises à jour disponibles?”

Non, Microsoft DÉCIDE quand vous vous taperez ses foutues mises à jour sur VOTRE ordi, PAS VOUS.

Il y a quelques années, c’est avec beaucoup d’appréhension que je me suis converti à Apple pour des raisons professionnelles. Cependant, j’ai apprivoisé la philosophie de leurs produits très rapidement et j’ai été enchanté par la relation-client qu’il entretiennent avec les consommateurs de leur marque. J’ai ainsi évité le pire de Windows 8, passant sans douleur de Windows 7 à OS X.

Quand j’ai voulu devenir plus sérieux dans le streaming, je me suis rendu compte que je devrais retourner à Microsoft parce que les outils les plus appropriés pour ce que je voulais faire ne fonctionnaient pleinement que sous Windows. J’ai donc pris mon courage à deux mains et je me suis racheté un PC doté de Windows 10.

Après à peine deux semaines d’utilisation, mon ordinateur présentait déjà un problème. Deux semaines. Je répète:

DEUX FUCKING SEMAINES.

Et ce n’est pas parce que je l’ai utilisé à mauvais escient. J’ai le strict minimum des logiciels nécessaires pour streamer installés (je n’ai même pas Office, c’est tout dire), j’ai un bon antivirus et je ne surfe pratiquement pas le web avec. L’ordinateur ne fait que rouler Google Chrome pour Twitch et OBS.

Rien d’autre.

Et pourtant Windows trouve le moyen de foirer. Malgré l’utilisation MINIMALE que je fais de l’ordi, il développe par lui-même des problèmes, problèmes pour lesquels je dois parcourir forums et vidéos pour les régler, et consulter moults amis mieux ferrés que moi en informatique.

Bref, j’ai retrouvé mon statut de victime de l’informatique que j’avais quitté en optant plutôt pour un Mac. Encore une fois, je me trouve à la merci d’une technologie qui parfois fonctionne, parfois ne fonctionne pas et ne m’en dit pas toujours la raison.

Et ça ne sert à rien de me dire que je devrais m’investir un peu plus pour mieux connaître Windows. C’est un ordinateur de table tout ce qu’il y a de plus ordinaire avec un système d’exploitation et pas grand chose d’autre. Avec des pubs qui montrent des petites familles lambdas en train d’utiliser leur produits, ils sont pas foutus de les faire plus simples?

Et ça ne sert à rien d’insinuer que je suis peut-être pas assez intelligent pour me servir de Windows. Si Microsoft est incapable de produire un système d’exploitation qui ne nécessite pas des connaissances avancées en déboggage informatique, c’est leur problème et pas le mien. Quand on se pique d’être une marque vendable au plus grand nombre, on doit accepter le fardeau d’être accessible, pas refourguer l’obligation de palier au système foireux sur le dos des utilisateurs.

Et – SURTOUT – n’osez pas me chanter la comptine habituelle: “c’est normal qu’une technologie aussi complexe ait ses problèmes de temps en temps.” C’est une chose d’endurer l’incompétence incarnée d’une compagnie suffisante comme Microsoft, mais c’est fracasser toutes les limites de l’indignité d’aller jusqu’à s’avilir en faisant leur apologie.

Microsoft n’a pas besoin de notre compréhension ou de notre tolérance. C’est une compagnie qui a imposé un quasi-monopole par la force de son marketing, au point d’apparaître au commun des mortels comme l’unique option dans le paysage informatique et – pire encore – comme le seul partenaire possible pour bien des développeurs logiciels. Ils s’enrichissent déjà bien assez grâce à l’apathie du grand public pour se consoler des quelques critiques qui peuvent leur être adressées.

Microsoft est une compagnie qui n’a de cure de votre opinion, qui se fout royalement que vous soyez satisfait ou non, qui n’en a rien à cirer qu’on les insulte. Pire encore: Microsoft n’a que faire de vendre de bons produits parce qu’il y a toute une armée de critiques et d’analystes à sa solde pour affirmer qu’ils le sont.

Oh et ce billet? Ces plus de 800 mots bien comptés? Je les ai écrits le temps que Windows fasse ses mises à jour. Sur un Mac qui ne m’a jamais laissé tomber. Dont les dernières mises à jour ont été effectuées à MA convenance.

Va te faire foutre, Microsoft.

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Gonflé à bloc

Une réflexion sur Rise of the Tomb Raider

rottr
Avec au moins 24% moins de contenu significatif

Il n’y a pas si longtemps, je me suis trouvé – par pur désoeuvrement, il faut le croire – à tenter de compléter un jeu déjà terminé. Un non-sens, dites-vous? Non, puisque ce jeu, RISE OF THE TOMB RAIDER (RotTR), s’inscrit dans la lignée de ceux qui n’en finissent plus de finir, longtemps après avoir bouclé leur histoire. Voyez-vous, bien que les cités perdues ont été retrouvées, les secrets enfouis exhumés et les méchants fanatiques remis à leur place, il n’en reste pas moins que le jeu me narguait d’un médiocre 76% de complétion, et ce,  après le boss final, le générique et l’épilogue.

76%. Je dis à mon fils qu’il aurait pu fournir un effort de plus quand il me revient de l’école avec 76%. Non, mon instinct perfectionniste exigeait que je pète le 90 au moins.

Et pourtant, au fur et à mesure que j’exécutais les besognes requises pour obtenir un score plus seyant à mon orgueil, j’en retirais de moins en moins de plaisir. En fait, pour vous dévoiler la formule mathématique exacte, mon engouement pour RotTR diminuait de façon inversement proportionnelle à la conscience que j’avais de ne rien foutre de signifiant.

Absolument rien.

À quoi bon trouver toutes ces caches de survie, toutes ces pièces anciennes, toutes ces boîtes de matériaux, toutes ces fresques, tous ces piliers, toutes ces reliques, tous ces documents? À quoi bon accomplir toutes ces missions, améliorer toutes ces armes, piller tous ces tombeaux et profaner toutes ces cryptes? À quoi bon – voulez-vous bien me dire – se fendre le fondement à faire tout ça si ça n’a, au final, aucun impact sur quoi que ce soit dans le jeu?

« Rhâââlala, mais quel sale rabat-joie! vous entends-je ruminer du haut de votre hypothétique tribune. Pourquoi ça devrait servir à quelque chose? C’est juste un jeu! Le but c’est de s’amuser. Après tout, au prix où sont rendus les jeux, on en veut pour notre argent! »

Ah oui. Le fameux argument monétaire: le consommateur a droit à 80$ de jeu.

Si vous le voulez bien, comparons avec le succès d’il y a deux ans, TOMB RAIDER (TR), le reboot qui ramenait Lara Croft à ses modestes origines de jeune archéologue un peu paumée, un peu couvée. Le rythme était soutenu, les mécaniques de jeu étaient diversifiées et l’histoire présentait une évolution intéressante, avec des enjeux toujours de plus en plus élevés, menant à une résolution explosive et satisfaisante. Bref, on avait affaire là à un jeu dense et bien ficelé. S’il y avait une chose qu’on pouvait reprocher à cet opus, c’était qu’il était un peu court. Pour les partisans de l’argument monétaire, TR procurait pour 50$ de jeu contre 70$ en espèces sonnantes et trébuchantes. Pas une bonne affaire.

Fast forward deux ans plus tard et les développeurs de RotTR décident de clore le bec des critiques en mettant le paquet pour vous assurer l’expérience de jeu la plus longue possible: un monde ouvert, des quêtes secondaires, des éléments de crafting, une boutique d’équipement, et j’en passe. Il en résulte un jeu beaucoup plus long qui offre encore plus d’activités. Voici un jeu qui en offre beaucoup à un joueur désireux bien investir ses quelques dollars de loisirs.

Remarquez bien mon copieux usage de l’italique dans le paragraphe précédent et sur quels mots il s’applique: « long », « plus », « beaucoup » – tous des termes qui servent à définir la quantité. Car c’est effectivement ce à quoi on a eu droit avec RotTR: une multiplication, un amoncellement des mêmes éléments répétés ad nauseam, donnant ainsi l’illusion d’un contenu plus généreux. Les maps sont plus grandes, mais elles manquent de relief. Les ennemis sont plus fréquents, mais ce sont les même qui reviennent tout au long du jeu. Les défis sont plus nombreux, mais ils sont essentiellement tous le même. Et les mécaniques qui ont été ajoutées? Superflues pour le coeur de ce qui fait le coeur du gameplay d’un TOMB RAIDER.

Le jeu n’a que gonflé, il ne s’est pas amplifié. Il s’agit tristement d’une version boostée aux stéroïdes de la mouture précédente, un simple accroissement de volume, sans aucun gain de force. Lara Croft se retrouve ainsi avec un jeu aussi rembourré que l’était son soutien-gorge dans ses incarnations précédentes.

Ceci dit, je comprends que ce n’est pas tout le monde qui a la chance de pouvoir s’offrir les nouveautés aussitôt qu’elles paraissent sur le marché. Pour la plupart des gameurs, acheter un jeu est un investissement important qui comporte une part de risque non moins négligeable, davantage encore depuis que notre dollar dégringolant a mené à une hausse des prix. Ainsi, l’interrogation qui s’impose au moment du choix du jeu est souvent: « Vais-je en avoir assez pour mon argent? Quel est celui qui va m’en offrir plus? »

Vous voulez mon avis? (Je vais supposer que oui si vous avez lu jusqu’ici.)

Cessez d’en demander plus pour votre argent et commencez à demander mieux. Parce que tant que vous vous contenterez de plus, les grands studios de développement continueront à sortir des jeux qui cherchent à vous occuper plutôt qu’à vous divertir.

Et, pour revenir à l’argument que je vous ai prêté au début de cet article, les jeux servent à s’amuser, non?

Une critique qui a trop tardé

Mes chers amis, je m’adresse à vous aujourd’hui pour corriger une injustice qui est demeurée trop longtemps impunie. Il s’agit d’un tort grave causé à l’endroit de tous les amateurs de jeux vidéo, et j’ai l’immense honneur de m’être investi de la mission trop longtemps négligée de condamner ce crime vidéoludique.

Aujourd’hui, je fais une critique de SOLITAIRE.

“SOLITAIRE?! vous entends-je beugler du haut de votre suffisance. Ce jeu simplet que seul mon oncle fonctionnaire goûte encore lors de ses longues séances de faire-semblant-de-travailler au bureau? Ce jeu attardé dont la disponibilité constituait l’unique raison d’hésitation de matante Solange à s’acheter un iPad?”

Oui, SOLITAIRE. Ô créatures hypocrites et tremblotantes! Que celui qui n’a jamais fait appel au flip-flip-flip de ses cartes artificielles jette la première pierre! Vous avez TOUS déjà joué – ne le niez pas.

Mais, afin de bien asseoir les bases de cette critique, laissez-moi prétendre un instant que vous ne connaissez rien de ce jeu et vous le décrire. SOLITAIRE, c’est un jeu où l’on doit disposer des séquences de cartes dans l’ordre, en alternant les couleurs, avant de reconstituer des piles – oh et puis zut, vous le savez, quand même!

Non, je vais plutôt viser directement le coeur du problème de SOLITAIRE, la question que tous les critiques ont évitée avant moi, à un point tel que j’en viens à soupçonner un puissant lobby pro-SOLITAIRE à l’échelle planétaire. Mais vous ne pourrez museler le Fantasque, hypothétiques menaces que je suppose réelles dans un but purement rhétorique. Tremblez alors que j’asperge le monde de vérité!

SOLITAIRE est injuste.

En fait, SOLITAIRE est l’exemple type du jeu injuste, le jeu qui arrange littéralement les cartes contre vous au début et qui attendra la fin pour vous le dire. En effet, il est parfaitement possible – et même courant! – de commencer une partie de SOLITAIRE en l’ayant déjà perdue à votre insu. Oh bien sûr, les développeurs vous diront que la disposition des cartes est générée aléatoirement à chaque partie – ce doit être bien pratique de pouvoir se laver les mains de tout le problème en blâmant l’ordinateur – mais il n’en demeure pas moins que ce sont eux qui ont permis cet état de choses menant à la déplorable situation dans laquelle nous nous trouvons tous.

SOLITAIRE est injuste.

Dans une cruelle allégorie du destin tragique que la vie réserve à certains d’entre nous, SOLITAIRE vous laissera vous débattre dans une situation sans espoir sans jamais vous dire que c’est perdu d’avance. À l’instar des Oedipe, des Hamlet et des Phèdre, il vous laissera monter aux cieux les plus brillants des séquences parfaites et, au faîte de votre gloire, il vous brûlera les ailes. Ainsi sera votre chute, terrible, indiscutable, pleine de fureur et de larmes, gracieuseté d’un quatre de trèfle tapi sous une pile de cartes inattaquables.

Est-ce qu’on supporterait pareille trahison de la part d’un HALO? D’un BINDING OF ISAAC? D’un MARIO MAKER?*

*Oui, bon, c’est discutable.

Imaginez un instant que vous commenciez une mission dans DESTINY et qu’il n’y ait tout simplement pas assez de munitions dans l’environnement pour abattre tous vos ennemis, paramètre essentiel de succès pour votre mission. On crierait au bogue éhonté. Ça ferait scandale! Metacritic dégoulinerait du fiel de légions de chroniqueurs outrés.

Et pourtant, on accepte la même chose de SOLITAIRE sans broncher.

Peut-être est-ce dû au fait que SOLITAIRE nous permet de recommencer immédiatement au clic d’un bouton, sans perte d’expérience, d’équipement ou de progression dans le jeu. Est-ce que ce serait le seul argument qui nous rend si permissifs envers un jeu qui s’avère essentiellement mal foutu? Est-ce qu’on se contenterait d’un haussement d’épaule amusé devant les boss mal calibrés du DLC de THE WITCHER 3 et les bogues de progression de ASSASSIN’S CREED SYNDICATE s’ils ne nécessitaient pas respectivement un écran de chargement interminable ou un retour au menu principal?

En tant que joueurs, sommes-nous si affables devant l’injure que nous la pardonnons aussitôt qu’elle s’accompagne d’un dédommagement pratique? Insultez-moi mais excusez-vous aussitôt. Égratignez ma carrosserie mais allons immédiatement au garage débosseler tout cela. Tuez ma femme mais – de grâce! – escamotons toutes ces lourdes procédures judiciaires!

Ô comme notre outrage tient à peu de choses, chers lecteurs!

Examinons bien notre conscience. Nous y trouverons peut-être que notre impatience face aux fort probables bogues des produits des grands studios est parfois plus due à des inconvénients personnels qu’à un indéfectible engagement envers la qualité que nous exigeons de ces développeurs. C’est une préoccupation bien égocentrique qu’il nous faut endosser, mais c’est là le propre d’être un client intègre et un critique éclairé.

Mais pareil, SOLITAIRE, c’est fucking pas juste.