Journal de roleplay du Sharkathon (2e édition)

Dernièrement, j’ai participé à la deuxième édition du Shakathon, ce tournoi de Skyrim organisé par C_Shark et l’équipe Link_Us.

Qu’est-ce que c’est que ça? me demandez-vous bien hypothétiquement.

Le Sharkathon, c’est deux semaines au cours desquelles chaque participant se voit contraint de jouer un personnage selon un archétype décidé au vote au préalable par les spectateurs. Les archétypes vont de l’ordinaire (pyromancien, paladin, voleur) jusqu’à l’étrange (commerçant, boxeur, diplomate). Des points sont attribués selon le niveau atteint, les quêtes accomplies et le respect du roleplay, incluant les contraintes imposées par l’archétype. (Par exemple, un boxeur ne peut que se battre à mains nues.)

L’aspect « respect du roleplay » comprenait également la rédaction d’un journal. Celui-ci devait dépeindre les aventures vécues par notre personnage tout au long du tournoi. Ci-dessous, préservée pour la postérité, vous trouverez la geste de mon perssonnage, le diplomate Cornelius Caton, ambassadeur impérial (dans sa tête) et indécrottable emmerdeur (dans l’opinion de tout le monde sauf la sienne).

* * *

Les Chroniques de Lydia – Jour 1 de mon Oblivion Personnel

Un dragon a attaqué Blancherive aujourd’hui!

J’allais me précipiter hors des murs pour me joindre au combat quand le jarl Balgruuf a demandé à discuter avec moi. Il voulait me confier une mission très importante. J’aurais dû me méfier que cette “mission” serait un foutoir total parce que son chambellan Proventus ne cessait de pouffer de rire tout au long de notre entretien. Apparemment, l’Empereur lui-même lui a ordonné de régler un problème de nature délicate: un noble de sa cour, un certain Cornelius Caton, se targue d’être un “ambassadeur”. L’imbécile a déjà causé plusieurs embarras diplomatiques, mais sa famille est trop bien connectée pour qu’on l’arrête. Sous couvert d’une mission diplomatique en Bordeciel, l’Empereur l’a envoyé dans un camp de Sombrages où la Légion prévoyait faire une rafle. Résultat: notre homme s’est trouvé embarqué avec le reste en direction du bloc du bourreau. Le plan aurait fonctionné si ce n’avait été de l’apparition inopinée d’un dragon.

Maintenant, Caton est en liberté et se croit investi d’un véritable mandat diplomatique en Bordeciel, mandé par l’Empereur lui-même. Ma mission est de l’accompagner, prétendant lui servir de huscarle, alors qu’en fait, je dois arranger un nouvel “accident”. Ce travail me répugne – je suis une huscarle, pas un assassin – mais je dois servir mon jarl.

De toute façon, je ne crois pas qu’on en viendra à ça puisque je serais très étonnée qu’un vieillard cacochyme revienne vivant d’une confrontation avec un dragon.

Les Chroniques de Lydia – Jour 2 de mon Oblivion Personnel

Il a survécu.

Contre toute attente, ce vieux con a survécu. Il s’est caché dans la tour de l’Ouest pendant que son garde du corps du moment, un barde de Rivebois nommé Sven, a affronté la bête. Je vous le jure: quand j’ai pris sa place auprès de Caton, il est parti en dansant et en enchaînant les bras d’honneur dans le dos de son ancien employeur.

Encore pire: les Grises-Barbes ont convoqué Caton au Haut-Hrothgar. Ça remonte à des siècles, la dernière fois que c’est arrivé, et c’est à ce gâteux qu’ils confèrent cet honneur. Au diable les dragons, voilà bien le signe indéniable que notre monde s’en va aux drémoras!

Pour l’instant, notre homme semble se foutre éperdument de la destinée extraordinaire qui lui a été jetée dessus. Il s’est mis en tête de mettre fin à lui seul à la guerre civile en Bordeciel en « tissant un réseau de relations politiques auprès des jarls”. En d’autres mots, il veut se traîner à quatre pattes devant tous les jarls jusqu’à ce qu’on daigne lui jeter un titre de thane. Si seulement il savait qu’il y a environ une cinquantaine de thanes par cour et que le titre ne vaut plus rien… Me voilà tout de même forcée d’accomplir toutes les basses besognes qu’il se fait confier parce que Monsieur ne sait rien manier de plus lourd qu’un couteau à tartiner. “Excellent, Lydia!” “Du nerf, ma fille!” “Lydia, cet ours veut me manger!”

Akatosh me vienne en aide, je n’en peux plus déjà.

En tous cas, ça a marché: le jarl d’Épervine lui a déjà flanqué une thanerie.

Les Chroniques de Lydia – Jour 8 de mon Oblivion Personnel

Aujourd’hui, il s’est décidé à gravir les 7000 marches jusqu’au Haut-Hrothgar. Il m’a fallu plusieurs jours pour le convaincre que les vieux ermites possédaient une influence politique décisive en Bordeciel. Il risque d’être déçu quand il s’apercevra qu’il y a une bonne raison pour laquelle personne ne va les voir depuis des siècles: les vieux sont complètement déconnectés de la réalité. Mon plan est qu’il ne parvienne jamais à se faire gaver de prophéties vides: il mourra avant d’avoir atteint son but.

La route qui mène au Haut-Hrothgar est notoirement dangereuse: loups, ours, araignées et spectres de glace sont nombreux et font des victimes incalculables chez les naïfs qui tentent le pèlerinage chaque année. Mon calvaire tire bientôt à sa fin…

Les Chroniques de Lydia – Jour 14 de mon Oblivion Personnel

CE PUTAIN DE VIEUX CON!

Non seulement il s’est caché derrière moi tout au long de la montée, mais en plus, il a pris ses jambes à son cou, me laissant seule devant un troll de glace! J’y ai presque laissé ma peau! La seule façon que j’ai pu retrouver ce foutu diplomate après avoir échappé au troll, c’est en suivant les traces de pipi dans la neige jusqu’à la porte du Haut-Hrothgar.

Toujours est-il qu’après avoir changé de pantalon, il a gobé tout ce que les ermites avaient à dire et on est parti chercher une corne dans un tombeau en ruines. Il a fallu que j’affronte des bandits, des pièges, des nécromanciens, des morts-vivants – tout ça pour rien. Quelqu’un était passé avant nous pour prendre la corne. Caton a fait une sorte de moue, comme si le buffet avait manqué de caviar, puis il a tourné les talons. Je pense qu’il a tout à fait abandonné l’idée de continuer à suivre les commandes des Grises-Barbes.

Mon rêve de le voir réduit en purée par le troll sur le chemin du retour s’envole en fumée.

Les Chroniques de Lydia – Jour 17 de mon Oblivion Personnel

Nouvelle lubie aujourd’hui! Monsieur a décidé de devenir maître des arcanes magiques! Direction Fortdhiver pour une inscription en règle au Collège des mages.

Je redoutais fortement que son apprentissage se résumerait à me faire passer les examens à sa place – j’affronterais volontiers un géant mais pas ça! – ou encore à se servir de moi comme cobaye pour ses sortilèges de débutant. C’était mal connaître le bonhomme. Il a beau se piquer d’être “un homme du monde” et “un être d’une culture éclectique”, dès qu’il a fallu quitter la sécurité du Collège et mettre tout ça en pratique dans les ruines de Saarthal, il s’est dégonflé.

En contrepartie, ça lui a donné de nouvelles idées bizarres: il s’est maintenant mis en tête qu’il pourrait collaborer avec les puissances daedriques pour faire avancer ses desseins politiques. Et par “collaborer avec les puissances daedriques”, j’entends par là se comporter de la même façon avec des êtres divins au pouvoir quasi infini de la même façon qu’avec les jarls de Bordeciel: faire des courbettes pour recevoir des gâteries. En gros, le modus operandi reste le même: Caton fait des promesses aux puissants et c’est bibi qui se tape tout le sale boulot.

Note supplémentaire: Barbas est plutôt futé pour un chien, mais il est quand même vraiment con.

Les Chroniques de Lydia – Jour 29 de mon Oblivion Personnel

On a ramassé au total deux bâtons et une sorte de masque vraiment hideux mais aucune influence politique tangible. Le patron décide donc à nouveau de changer de plan: maintenant, il veut devenir barde.

J’ai déjà flanqué une raclée à Mikael à la Jument Pavoisée parce que, comme la plupart des bardes, il n’est qu’un vaurien racoleur et inutile. Je peux difficilement concevoir à quel point je vais haïr Caton encore plus quand il fera partie de leur confrérie de bons-à-rien. Peut-être pourrai-je accumuler assez d’aversion dans mon coeur pour simplement le tuer dans son sommeil?

Toujours est-il que l’obtention de la licence de barde implique moins de leçons de solfège et plus de bastonnade de morts-vivants dans une vieille crypte. Je doute que Sven et Mikael aient eu à passer les mêmes examens. J’en déduis que la mine sénile de Caton a donné au directeur du Collège l’idée de l’exploiter au maximum. Il a encore fallu que je casse du draugr, mais ça valait la peine pour voir la tête du Viarmo quand on est revenu avec son foutu sonnet.

Eh non, mon bonhomme, il est pas si facile le tuer, le vieux con! J’en sais quelque chose!

Les Chroniques de Lydia – Jour 41 de mon Oblivion Personnel

Malgré tous mes espoirs et mes nombreuses tentatives, Cornelius Caton est encore de ce monde – et plus riche de deux autres titres de thane de surcroît! Non content de narguer le destin en survivant non seulement aux intrigues de cour et aux créatures des cryptes, il pousse le bouchon jusqu’à risquer les foudres de la Loi.

En effet, il vient de se rendre compte que magouiller dans les hautes sphères, ça coûte cher. Les jarls ne sont pas dupes: quand ils voient un toutou de son espèce prêt à se rouler dans les tessons de verre pour une caresse, ils en profitent au maximum. Maintenant, un titre de thane, ça demande qu’on achète aussi une maison. Or, le Caton, il a la bourse légère avec tout l’équipement qu’il a fallu acheter depuis le début. Les armures et les livres de sorts, c’est pas donné!

Comment se remplir les poches rapidement? Mais en volant, pardi! Et comme Caton ne fait pas les choses à moitié, il a décidé de prendre les grands moyens et de s’enrôler dans la Guilde des voleurs de Faillaise. Bon, du coup, je préfère ça à l’alternative; pour peu qu’on connaisse l’homme, il aurait aussi bien pu faire de moi un bandit de grand chemin et ainsi se reposer entièrement sur moi.

Suite à une désastreuse tentative de pickpocket en plein jour et au vu de tous qui s’est soldée par une émeute sur la place du marché, la Guilde nous a inexplicablement confié notre première mission. J’étais tentée de croire qu’ils agissaient de concert avec l’Empereur pour neutraliser le “diplomate” mais j’ai constaté l’état de leur QG. Vu leurs récents “succès », j’en déduis que non, ils sont vraiment cons à ce point à la Guilde.

Grand bien leur fasse: Caton a fait quelque jobs pour eux puis il s’est contenté d’exploiter leur réseau de receleurs. Comme quoi on trouve toujours plus idiot que soi.

Les Chroniques de Lydia – Jour 54 de mon Oblivion Personnel

Je crois que j’ai trouvé quelqu’un que je hais plus que Caton: les Parjures. Et possiblement le jarl de Markarth qui nous a envoyés les combattre.

Je préfèrerais retourner chercher une centaine de sonnets dans des cryptes délabrées avant de retourner nettoyer un campement de Parjures. Ces gens n’ont aucun concept d’hygiène personnelle. Passe encore de suspendre des têtes de chèvres en putréfaction partout, mais coucher avec des Harfreuses? Quelle horreur! Je passerais dans le lit de Caton avant d’en venir là.

(Kynareth me préserve et Arkhay vienne me chercher! Il faut que je le tue avant que je devienne assez folle pour passer à l’acte sur ce point!)

Ça va me prendre plusieurs bains dans des élixirs antipuces, mais on a fini par lui avoir son titre de thane. On va peut-être enfin pouvoir passer à plus propre maintenant.

Les Chroniques de Lydia – Jour 62 de mon Oblivion Personnel

Non, on est dans les PUTAINS de marais.

Caton a décidé qu’il essayerait de soutirer un titre au jarl de Morthal maintenant. Morthal, bordel! Un village fait de bois pourri, d’eau stagnante et de chagrin. Oh et de vampires aussi. Parce que c’est pas suffisant que la place pue la mort au sens figuré, faut y aller au sens propre aussi. Je suis certaine que le jarl n’attendait que le passage d’un arriviste le moindrement baraqué pour régler son problème de parasites. L’arriviste, c’était Caton et moi, j’étais la baraquée. Évidemment, c’est la baraquée qui prend les coups. J’espère que j’ai pas chopé le putain de vampirisme sinon je vous jure que le diplomate est ma première victime!

Faut tout de même admirer le jarl et son sens de l’économie. Quand est venu le moment de prendre d’assaut la tanière des vampires, elle nous a promis un détachement de ses “guerriers les plus compétents”. Mon oeil, oui! On a eu droit au barde de la taverne, à la jolie alchimiste et à trois pèquenots. On aurait eu un sac de chatons enrhumés que ça aurait été aussi efficace. J’imagine qu’elle préférait ses gardes auprès d’elle quand on allait foirer la mission et que les vampires attaqueraient en retour.

En plus, elle couche avec son chambellan, et je pense que c’est son petit-neveu ou quelque chose du genre. Ça ne m’étonnerait pas dans un petit village de consanguins comme Morthal.

Les Chroniques de Lydia – Jour 77 de mon Oblivion Personnel

Celles-ci sont mes dernières lignes et je les écris de mon lit au temple de Kynareth à Blancherive.

Je meurs.

Mon jarl, sachez que j’ai réussi: Caton est mort. Encore mieux, il est mort de façon à ce que personne ne pourra jamais soupçonner qu’on en voulait à sa minable vie.

Il y a de cela quelques jours, ivre de son nouveau titre de thane du Hjaalmarch, Caton a voulu se rendre à Solitude pour célébrer l’occasion. Exceptionnellement, ce couard qui ne quittait jamais une route pavée sans y aller d’une complainte interminable a décidé de couper à travers champ. “Couper à travers champ” dans la châtellerie de Morthal signifie se traîner au travers de marécages poisseux et gelés. Si je n’avais pas accumulé autant de fatigue morale dans les dernières semaines, je me serais opposée à ce plan. Hélas, je l’ai suivi à sa perte… et à la mienne!

Nous n’avions pas parcouru une centaine de mètres que les fourrés ont éclaté dans une explosion de chitine noire: un chaurus! Je connaissais ces bêtes pour en avoir entendu parler au coin du feu. Je savais que bien peu pouvaient se vanter de survivre à un affrontement avec elles. La majeure partie de ce que l’on sait sur ces monstres nous vient des gargouillis d’agonie de victimes comme moi qui en sont à leurs dernières inspirations.

Le chaurus s’est immédiatement jeté sur moi et a planté ses crocs venimeux dans mon épaule. Je n’ai même pas eu le temps de lever mon bouclier pour parer le coup. Je me suis retrouvée prostrée dans l’eau fétide alors que le monstre portait son attention sur le diplomate. J’ai vu son pantalon changer pour une teinte plus foncée avant qu’il ne tourne les talons et déguerpisse. Mais le chaurus ne pouvait laisser s’échapper une proie aussi détestable; un jet de poison a jailli de sa gueule et atteint sa cible.

Je meurs maintenant et je suis heureuse d’emporter avec moi dans Sovngarde une dernière image de Caton: celle de son désarroi alors que nos regards se croisent une dernière fois et qu’il me voit sourire comme il ne m’a jamais vu le faire de tout le temps que nous avons passé ensemble.

Que l’Oblivion t’accueille en sa cour, haïssable Cornelius Caton! On verra bien ce que vaudront tes courbettes devant les princes daedriques…

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